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Quelle gouvernance pour l’université ?

Par Jean Bourdariat

dimanche 18 janvier 2009 - Mis à jour le vendredi 16 novembre 2012

La fin de l’année 2008 a montré que le mouvement des lycéens et des étudiants était nourri par une large inquiétude sur leur avenir professionnel et leur insertion dans la société. Alors que l’an dernier, le gouvernement s’est engagé à augmenter les moyens des universités d’un milliard d’euros par an, les soupçons des enseignants envers le pouvoir restent entiers. Ainsi, Le Monde du 6 janvier publie une tribune de plusieurs universitaires qui rejettent le projet de décret sur les temps de service, dénonçant « le service public affaibli », la « normalisation par le bas », « l’assimilation de l’universitaire à un employé … », le président qui « concentre les pouvoirs », l’atteinte aux « libertés académiques » … Un élément de la contestation est que la direction d’une université puisse demander à ceux qui feraient moins de recherche d’enseigner plus, et à ceux qui ont une activité de recherche plus important d’enseigner moins.

Le but de cet article n’est pas de porter un jugement sur les arguments des uns et des autres, mais plutôt, de poser la question "Est-ce que le monde universitaire ne raterait pas une opportunité historique en rejetant en bloc le nouveau système de gouvernance des Universités ?"

Tout les acteurs s’accordent sur le caractère critique de la situation actuelle : des moyens insuffisants pour un nombre d’étudiants qui a doublé en 30 ans, trop d’étudiants dans les filières offrant peu de débouchés professionnels, les étudiants qui se détournent des sciences.

L’université ne peut pas limiter sa mission au développement des connaissances, à leur transmission et à l’ouverture d’esprit des étudiants. Pourrait-elle ne pas se soucier simultanément de l’avenir de ses étudiants dans le contexte social et géo-économique du XXIème siècle ? Etait-il besoin de préciser dans la loi LRU que les enseignants ont une mission d’orientation des étudiants ? Pour le citoyen ordinaire, cela semble aller de soi, et heureusement, il existe bien des enseignants qui apportent leurs conseils aux étudiants qui les sollicitent.

La responsabilité de tous les gouvernements successifs

Les gouvernements de gauche et de droite ont leur part de responsabilité. Ils ont laissé longtemps l’enseignement supérieur en déshérence. Le laisser-faire et le clientélisme politique ont été fréquents, au détriment d’une véritable réflexion, menée par le monde universitaire et les autres parties prenantes avec le gouvernement sur « Quelle université ? pour quelles finalités ? ».

Nous avons en France 87 universités toutes semblables entre elles, au moins en théorie, sous l’aile protectrice de l’Etat garant de l’égalité de traitement et de dignité. Or tous les responsables de gauche et de droite savent que notre pays a besoin de 20 grandes universités nationales, capables de conduire un politique de recherche et de se situer favorablement dans la compétition scientifique féroce qui règne au niveau international. D’ailleurs ces vingt universités existent déjà mais personne ne le dit publiquement au nom du sacro-saint principe d’égalité formelle. D’autant que les « petites » universités sont indispensables au pays mais simplement elles n’ont pas à avoir la même fonction, devant plutôt s’inscrire fortement dans une réalité régionale et prendre en compte les besoins d’un bassin d’emplois et économique qui attend beaucoup d’elles, particulièrement les PME.

Clientélisme politique ? Les gouvernements de ces dernières années n’y échappent pas. La 87ème université a été créée il y a trois ans à Nîmes, par le ministre du gouvernement de droite de l’époque pour récompenser un ami politique, alors que la politique gouvernementale était de concentrer un dispositif trop émietté. De même en 2003, Jean-Pierre Raffarin a soudainement déplacé le siège du Centre National de Documentation Pédagogique dans une banlieue de sa ville pour y créer des emplois.

Il serait trop facile de réduire la responsabilité de la situation aux gouvernements successifs. On ne peut éluder celle des acteurs de l’intérieur du monde universitaire.

La responsabilité des acteurs de l’université

LA GESTION

Après mai 1968, la loi Edgar Faure avait donné une autonomie pédagogique aux universités. En revanche, la gestion des moyens – les personnels et les finances – restait centralisée au niveau du ministère. Il n’y avait pas d’autonomie de gestion dans le cadre d’un budget d’établissement couvrant l’ensemble des produits et des charges liées à l’activité de l’université comme cela existe pour les établissements publics, et parmi eux pour les établissements publics de recherche.

Cet état de fait perdure depuis des dizaines d’années. Il est une explication à la faible culture de gestion des universitaires. Chaque problème rencontré conduit inévitablement à faire appel à l’intervention de l’Etat. La culture de la centralisation profondément enracinée dans l’esprit français peut expliquer aussi l’absence d’esprit de responsabilité collective du corps universitaire et la défiance forte à l’égard d’un pouvoir responsable à la tête de l’établissement . Les enseignants peuvent clamer périodiquement sans risque d’être contredits que les moyens manquent, car c’est la réalité et ils n’y ont pas de responsabilité. Cette a-responsabilité est-elle tenable aujourd’hui ?

LE CONTENU DE L’ENSEIGNEMENT

Dans le domaine des programmes d’enseignement et de recherche, nul ne peut nier que les universitaires ont une responsabilité. De longue date, les choix pédagogiques de certaines UFR ont été dominés par une politique de l’offre : quels sont les enseignements que les professeurs souhaitent poursuivre dans une logique liée à l’activité de recherche ?

Mais ceux-ci ne doivent-ils pas s’interroger quand les diplômés de sciences humaines peinent à trouver un emploi sous-payé ? quand le titulaire d’un master de psychologie se satisfait de trouver un travail rémunéré au SMIC, disons 1200 € nets par mois, et le docteur en sociologie un poste d’ATER à 1300 € ? On sait que nous formons trop d’étudiants en psychologie : il y en a autant en France que dans l’ensemble des autres pays de l’Union Européenne. Cet état de fait perdure depuis 35 ans. Qu’ont fait les universitaires responsables de cette discipline pour le changer ? Il n’est plus possible aujourd’hui de défendre que le rôle des enseignants se limite à transmettre des savoirs, et qu’il n’est pas de préparer à un métier et à une place dans la société.

L’EVALUATION

Sait-on que jusqu’ici, les universitaires ne sont JAMAIS, au cours de leur carrière, évalués sur leur activité d’enseignement. Il y a deux exceptions : une évaluation lorsque l’enseignant postule à un poste de maître de conférences, puis lorsqu’il souhaite passer professeur. Soit deux évaluations en trente à trente cinq ans. En revanche les universitaires sont évalués tous les trois ans sur l’activité de recherche au travers de l’unité de recherche à laquelle ils peuvent appartenir.

Les enseignants d’une discipline, extérieurs à un établissement, ont toujours eu du mal se faire recruter par des comités de sélections qui privilégiaient la cooptation d’un enseignant de l’établissement, poussant le système figé d’enseignement à se reproduire sur des dizaines d’années.

Le nouveau décret est un pas important pour que l’activité d’enseignement soit mieux prise en compte et valorisée. De même, la modulation des temps d’enseignement et de recherche, selon la dominante de l’activité des universitaires, est un progrès qui valorisera ce sur quoi ils s’investissent le plus.

L’université ne changera pas sans la contribution des universitaires

Les acteurs de l’université doivent apporter leur contribution et leurs compétences pour aider notre société à faire face aux enjeux d’une crise mondiale qui, si rien n’est fait, aura des conséquences graves sur l’avenir et la vie de leurs étudiants. Ces enjeux sont d’autant plus pressants que la situation globale présente de l’université est préoccupante.

RECONNAITRE LA NECESSITE DE BIEN GERER LE SERVICE PUBLIC

Les universitaires doivent d’abord accepter la nouvelle gouvernance, qui n’est pas une question de gauche ou de droite, mais simplement issue de la nécessité d’une bonne gestion du service public. La loi LRU a mis fin heureusement fin à un système bloqué dans lequel les décisions se prenaient à la majorité des deux tiers d’un conseil d’administration de 60 personnes. Le nouveau décret instaure l’évaluation des enseignants, la possibilité de moduler les temps de travail selon la dominante, recherche ou enseignement : c’est un progrès qu’il faut reconnaître et accepter.

SE BATTRE SUR LE CONTENU DES ENSEIGNEMENTS

Les sciences humaines sont menacées ? N’oublions pas que désormais, la loi postule la responsabilité des acteurs de l’université pour décider, en toute autonomie, des maquettes d’enseignements, des UFR à ouvrir ou à fermer, de l’affectation des moyens. Mesdames et messieurs les enseignants, saisissez-vous de cette opportunité. Cela ne se fera pas si vous ne désignez pas des représentants auxquels vous ferez confiance pour participer activement aux travaux du conseil d’administration, des autres conseils et des différents comités. Vous pourrez y faire valoir vos convictions et être des acteurs de l’évolution du contenu des enseignements, car une université immobile est sans avenir.

En voici quelques exemples, parmi bien d’autres :
- réformer les contenus des enseignements de psychologie qui ne répondent plus aux attentes de notre société, alors que les différentes chapelles de la discipline bloquent toute évolution,
- défendre l’anthropologie, discipline intégratrice des autres disciplines, car le monde, dans sa complexité, a un besoin urgent de visions transverses pour comprendre les phénomènes en cours et ne pas être l’otage de spécialistes,
- diffuser plus largement l’enseignement de l’économie et plus particulièrement, des mécanismes de création de valeur par les entreprises, valeur sans laquelle on ne peut pas rémunérer les travailleurs, ni financer l’Etat et la protection sociale.

Le gouvernement de Nicolas Sarkozy déplaît aux enseignants (et à d’autres …) ? Oui mais en régime démocratique, c’est aux actes que l’on juge un pouvoir : le délit d’intention relève plutôt du procès du même nom. Il faut prendre ce gouvernement au mot et l’obliger par un accompagnement vigilant et actif à aller jusqu’au bout de ses déclarations. D’autant que l’on sait bien que d’autres forces portent, elles, un vrai projet politique de « privatisation » de l’université. L’échec de la réforme LRU ne pourra que donner à celles-ci plus de force pour dénoncer l’incapacité de la communauté universitaire à se réformer.

Si l’espace démocratique offert par la loi LRU reste inoccupé, conduisant à un nouveau dysfonctionnement de la gouvernance de l’université, il faudra alors craindre que des systèmes de direction plus autoritaires, pour le coup à l’image de ceux que l’on rencontre dans les entreprises, qui sont étrangères à la notion de démocratie, viennent se substituer au dispositif de gouvernance installé par la loi.


- Comment devenir acteur de la gouvernance ?
- Comment contribuer à l’évolution du contenu des enseignements ?

C’est aux universitaires de répondre.

4 Messages de forum

  • Choisir le bon combat pour l’université

    27 janvier 2009 13:23, par Georges Bancel, Lyon
    Il y a des choses intéressantes dans cet article, mais quelles sont les intentions de l’auteur ? Ou bien il est angélique, ou bien il est naïf. Il faut meiux comprendre pourquoi nous les enseignants (j’en suis un) nous avons l’impression d’être méprisés par les gouvernants.

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  • Choisir le bon combat pour l’université

    26 janvier 2009 08:34, par PB, psychanalyste

    Encore un article qui stigmatise la psychologie. Il y a des différences de fond entre les sciences dures et celles qui ne le sont pas -ce qui ne dispense bien sûr pas ces dernières à la clarté.

    La psychanalyse est une "science", même si elle n’est pas une science exacte. La rigueur scientifique de Freud n’est pas à démontrer.

    C’est de la démagogie de dire qu’on pourra toujours comprendre, faire comprendre, par de la vulgarisation. On ne rentre pas dans une discipline quelconque par le seul miracle de la pédagogie, mais par le fait de s’y être échiné soi-même d’abord (en même tps., bref). Concernant la psychanalyse, si on veut y comprendre qqch. il suffit d’abord de réfléchir à cette idée première Freudienne : ce n’est pas dans la conscience, dans le conscient, que réside la totalité de notre savoir. Freud l’a étayée, et les psychanalystes venant après, dans un travail toujours à reprendre -dans ce sens qu’on ne peut échafauder la moindre théorie sans s’appuyer sur l’écoute des gens que l’on reçoit, écoute et situation qui est à chaque fois singulière et qui caractérise cette pratique. Dans les sciences dures et dans la psychanalyse le statut de l’objet ne se cerne pas de la même façon.

    Il faut savoir que la psychologie est menacée par les projets du gouvernement, voir http://www.collectifpsychiatrie.fr/phpPetitions/index.php ?petition=1

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  • Choisir le bon combat pour l’université

    26 janvier 2009 07:44, par Diego Sanchez
    Où est-ce qu’on peut trouver des livres ou des articles sur la gouvernance ?

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  • Choisir le bon combat pour l’université

    25 janvier 2009 19:42, par Bernard
    Cet article nous questionne tous, enseignants, chercheurs, administratifs, que notre discipline soit une "science dure" ou une "science humaine". Chez nous, le plus préoccupant est la désaffection des étudiants pour la physique et les mathématiques, que l’on observe en France, mais aussi en Europe et aux Etats-Unis.

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