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Crise financière : ne pas confondre les MILLIARDS avec les MILLIARDS

mercredi 8 octobre 2008 par Jean Bourdariat - Mis à jour le vendredi 16 novembre 2012

Les sommes nécessaires pour juguler la crise financière sont vertigineuses. Sont-elles vraiment nécessaires ? Quelle est la responsabilité des banques dans le désastre qui pointe à l’horizon ?

Un article de Jean Bourdariat.

Pour surmonter la crise financière, le FMI nous dit aujourd’hui que les banques ont besoin de 1400 milliards de $. Le plan américain prévoit d’allouer 700 milliards de $ pour garantir les créances douteuses. L’Irlande met en place un fond de 400 milliards d’€ dans le même but, et ainsi de suite dans les autres pays. Ces sommes astronomiques font tourner la tête. Personne n’est capable de mesurer vraiment ce qu’elles représentent.

Le citoyen s’étonne qu’au même moment, on ait de la difficulté à trouver 1,5 milliards d’€ pour financer le RSA de Martin Hirsch. Il s’étonne aussi que les grands Etats du monde crient victoire pour avoir laborieusement réuni les 16 milliards (à dépenser sur plusieurs années) nécessaires pour atteindre les objectifs de développement de l’ONU, dont les bénéficiaires sont les populations les plus défavorisées du monde.

Comment peut-on peiner pour sortir 1 milliard, quand du jour au lendemain, on en trouve cent ou mille fois plus à dépenser immédiatement ?

Pour comprendre, il est important de distinguer la nature des différentes masses financières en question.

Les réserves de devises de la Chine étaient supérieures à 1000 milliards de $ fin 2006. Celles de l’Algérie étaient de 110 milliards de $. Celles de la Russie sont actuellement de plus de 500 milliards. Est-ce à dire que ces réserves pourraient être utilisées pour financer des projets de développement ?

Non.

Il s’agit de réserves de devises, et chaque fois que des devises parviennent dans ces deux pays (suite à l’exportation d’un bien, de matières premières ou de services), elles rejoignent les réserves de la banque centrale, et la contrepartie en monnaie locale circule immédiatement entre les acteurs économiques du pays, qui en font ce qu’ils veulent.

C’est ainsi que la contrepartie en Yuans ou en Dinars des réserves en $ de la Chine et de l’Algérie circule déjà dans ces pays. Ce que les chinois et les algériens en font, on ne le sait pas : avec cet argent, ils peuvent, selon la politique de leur gouvernement, donner la priorité à la consommation, à des projets de développement, à des investissements en infrastructure, à des achats d’armes, etc... C’est leur choix.

Le gouvernement des Etats-Unis ne "donne" pas 700 milliards de $. Il met cette somme dans les circuits financiers en espérant ainsi que les échanges entre les acteurs économiques ne ralentiront pas. Rappelons que c’est un ralentissement dramatique de ce type qui a provoqué par ricochet le tarissement du crédit et causé la crise de 1929. Il s’en est suivi entre 3 et 6 ans de récession et de misère selon les pays.

Osons la métaphore suivante :

- le monde est un bateau, dans lequel nous sommes tous (certains sont en 1ère classe sur le pont supérieur, d’autres en 3ème classe au fond de la cale ...)
- ce bateau navigue sur un grand fleuve qui est en décrue, bientôt il s’échouera sur un banc de sable.
- par ailleurs, les passagers de 3ème classe, au fond de la cale, ont terriblement soif.
- il manque de l’eau à deux endroits ; dans le lit du fleuve, et dans la 3ème classe du navire.
- mais ce n’est pas une eau de la même qualité que l’on doit apporter aux deux endroits.
- et ce n’est pas la même quantité d’eau non plus.
- ce qui est sûr, c’est que s’il n’y a plus d’eau dans le fleuve, le navire sera bloqué sur son banc de sable, et avec lui tous les passagers seront aussi immobilisés. Alors que les passagers de 1ère classe ont des provisions pour s’alimenter pendant la durée de l’immobilisation du navire, il ne sera pas possible d’aller chercher de quoi donner à boire pour ceux du fond de cale, dont une partie aura alors de bonnes chances de mourir de soif.

C’est pourquoi il est important pour chaque humain, riche ou pauvre, du nord ou du sud, capitaliste ou socialiste, que les grands pays du monde se mettent d’accord pour remonter le niveau de l’eau du fleuve et que le navire de l’humanité puisse voguer à nouveau. Ceci conduira immanquablement à instituer les régulations internationales qui ont fait défaut depuis 10 ans.

Quand aux acteurs du monde financier qui sont la cause de la crise, il convient que les Etats engagent autant d’efforts pour les identifier qu’on le ferait pour des délinquants, de sorte qu’ils ne puissent en aucun cas profiter des mannes financières distribuées.

Aujourd’hui les banques disent qu’elles se tournent à nouveau vers leurs clients et abandonnent les « activités de marché », qui leur ont rapporté tant d’argent et qui nous coûtent aujourd’hui si cher. Leur arrogance vis-à-vis des pauvres petits clients que nous sommes était attisée par les centaines de milliards qu’elles manipulaient, bien plus rentables que de s’occuper des particuliers, des artisans et des PME.

Puisque les banques s’intéressent de nouveau à nous, par la force des choses (ils ne leur reste que nous ...), ne nous laissons pas plumer à nouveau ! Que chacun demande à son banquier à comprendre quel service il rend réellement. Mettons les en concurrence plus que jamais !