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Une personne meurt de faim toutes les trois secondes dans le monde

vendredi 5 septembre 2008 par Jean Bourdariat - Mis à jour le vendredi 16 novembre 2012

Le 28 août 2008, une table ronde consacrée au problème de la faim a réuni à l’Ecole Polytechnique une dizaine de responsables, parmi lesquels Marion Guillou, Présidente de l’INRA, Jacques Diouf, Directeur Général de la FAO, Peter Brabeck, Président du groupe Nestlé, Antoine Malefosse, Délégué Général du CCFD, Luc Ferry, ancien ministre.

Les objectifs du millénaire de l’ONU devaient conduire, s’ils étaient atteints, à réduire de moitié la pauvreté en 2015 par rapport à ce qu’elle était en 1990. Les émeutes de la faim ont rappelé début 2008 que des populations nombreuses ont encore et toujours des difficultés à se nourrir. Antoine Malefosse estime que la hausse de prix des céréales retardera de 7 ans la réduction attendue de la pauvreté en 2015. Zone aride

La chronique d’une catastrophe annoncée

Pour Jacques Diouf, c’est la chronique d’une catastrophe annoncée. La cause principale est la diminution des investissements. En 1980, 30 % de l’aide publique au développement allait à l’agriculture. En 2006 c’est dix fois moins. La part des prêts de la Banque Mondiale à l’agriculture a été divisée par 5, tandis que le FMI recommandait de ne pas investir pas dans l’agriculture, car ce n’était pas rentable.

Les petites exploitations en mesure de garantir la subsistance des populations ont été négligées. L’investissement s’est concentré sur les grandes cultures d’exportation pourvoyeuses de devises, qui enrichissent un peu plus les grands propriétaires et demandent moins de main d’ouvre : 300.000 emplois ont été supprimés dans les grandes exploitations d’Argentine depuis le début des années 2000.

La production de bio-carburants n’est pas seule en cause mais a contribué à la hausse des prix. Jacques Diouf estime qu’aux USA, la production annuelle de biocarburants entame de cent millions de tonnes (soit un quart) le stock de céréales. Le prix des « intrants » augmente : +176 % pour les engrais, + 72 % pour les semences. « Qu’a-t-il manqué pour éviter les émeutes de la faim ? » demande-t-il. Pas grand-chose en fait. Seulement un milliard de dollars d’investissements dans l’agriculture vivrière.

Qu’est-ce qu’un milliard de dollars ? Peter Brabeck répond : un milliard de dollars ne représente qu’un seul jour des subventions annuelles accordées par les Etats-Unis et par l’Union Européenne à leurs agriculteurs ! Est-il possible de se représenter la somme colossale que représentent plus de 300 milliard de dollars de subvention ?

Nourrir 9 milliards d’habitants en 2050

En 2050, la population mondiale passera de 6 à 9 milliard d’habitants. Chaque jour, c’est une ville de 170.000 habitants à nourrir en plus. Pour Marion Guillou, nourrir 9 milliard de personnes est « techniquement » possible. Il y a 40 ans, il fallait un hectare pour nourrir une personne pendant un an. La productivité a doublé et aujourd’hui un demi hectare suffit. L’Afrique a multiplié par deux sa production en quarante ans. Il est possible de doubler d’ici 2050 la production agricole mondiale en augmentant la surface et la productivité, et en diminuant les pertes. Jacques Diouf précise que dans certaines régions d’Afrique, les pertes – dues à l’insuffisance des moyens de transport et de stockage – atteignent jusqu’à 40 % des récoltes ! Il y a aussi bien sûr le déséquilibre entre les régions du monde qui n’ont pas assez et celles où l’obésité est devenue un problème de santé publique.

Nous manquerons d’eau avant de manquer de pétrole

Peter Brabeck se montre plus pessimiste. Il observe que les gains de productivité ralentissent, et que les politiques menées freinent la productivité. Luc Ferry renchérit : « La chape de plomb morale de l’écologie est calamiteuse ». « Ce qui sauvera le monde, ce n’est pas la morale, mais la science et l’intelligence ».

Mais le problème majeur va être celui de l’eau. Tous usages confondus, la consommation atteint aujourd’hui 6000 litres par personne. « Nous manquerons d’eau avant de manquer de pétrole », annonce-t-il. La disponibilité de l’eau va être le frein le plus important à l’agriculture. Et pour illustrer son propos, il explique l’aberration que constituent les biocarburants à ses yeux (voir encadré). Brabeck

Des dirigeants politiques irresponsables ?

Marion Guillou trace le chemin à suivre pour sortir de la crise alimentaire et éradiquer la faim. Nous devons, nous dit-elle :
- Accroître l’investissement dans l’agriculture,
- Sécuriser le droit du sol,
- Poursuivre le développement de nouvelles technologies agricoles (notamment les techniques d’amélioration génétique, lesquelles ne se limitent pas aux OGM),
- Mieux organiser les marchés,
- Mieux gérer l’eau,
- Favoriser les agricultures locales, lesquelles ont commencé à redémarrer,
- Former les agriculteurs en milieu rural, tout particulièrement les femmes qui jouent localement un rôle clé.

Ainsi les causes de la crise alimentaire sont connues. La gravité de la situation est manifeste. Les solutions sont à notre portée et relativement peu coûteuses. Qu’attendent les dirigeants de nos pays développés pour les mettre en œuvre ? En restant passif, ils montrent que leur stratégie implicite est que dominer le tiers-monde est plus facile si celui-ci est affamé.