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Gestion démocratique des ressources naturelles et gouvernance aux Galápagos

par Elena Ciccozzi

mardi 2 juillet 2013 - Mis à jour le vendredi 22 mars 2013

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Cet ouvrage d’Elena Ciccozzi est le résultat d’une expérience personnelle de trois années de séjour sur le territoire des Galápagos, où l’auteure ne s’est pas intéressée à l’évolution des espèces, mais au développement récent de politiques d’aménagement du territoire, de leurs mises en œuvre et des défis qui en découlent. L’analyse de ces politiques s’étend sur une période de près de cinquante ans, qui va de 1959 à 2008.

Les îles Galápagos sont chargées d’imaginaire, situées en plein Pacifique, à presque 1 000 kilomètres des côtes de l’État équatorien à qui elles appartiennent. Elles ont notamment été rendues célèbres suite aux travaux effectués par le naturaliste Charles Darwin et qui ont déterminé sa théorie de l’évolution des espèces vivantes. Réservoir exceptionnel de la faune et de la flore terrestres, les Galápagos (îles et réserve marine) sont inscrites sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1978. Ses limites ont été étendues en 2001, puis en 2007. L’archipel est constitué d’une quarantaine d’îles et îlots d’origine volcanique, pour une surface totale de 8 000 km2.

Le site héberge environ 30 000 habitants permanents, mais le nombre annuel de touristes venant découvrir le Parc national est six fois supérieur. Les besoins inhérents à l’essor touristique de l’archipel conduisent à empiéter de plus en plus sur le cadre naturel des Galápagos : par exemple, de nouveaux logements doivent être construits, ou encore les eaux de la réserve océanique sont utilisées de manière plus intensive. Cet afflux croissant, ainsi que les nécessités des locaux qui aspirent à améliorer leurs conditions de vie, pose de nombreuses questions pour ce territoire fragile : Quel développement économique ? Comment préserver cet environnement unique ? Quelle participation des acteurs locaux et extérieurs ?

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Crédit photo : Elena Ciccozzi

Il s’agit finalement de problématiques fondamentales (activités humaines/sauvegarde de l’écosystème/réponse politique), aiguisées par le caractère particulier de l’espace en question. Les questions de gouvernance et de politique publique sont centrales dans la gestion efficace et inclusive des ressources naturelles des îles Galápagos.

Cet aspect constitue l’originalité de l’ouvrage. En effet, l’apport environnemental du site est très étudié, de même que certains aspects sociaux depuis une vingtaine d’années. En revanche, la dimension politique de la gestion de l’archipel, en tant que bien commun, reste sous-évaluée, aux échelles nationale et internationale.

Le livre est structuré en deux parties. La première caractérise les Galápagos, en présentant leurs principaux éléments historiques, géographiques, scientifiques, juridiques et socio-culturels. La seconde se penche sur un dilemme qui ressort de la mise en œuvre des programmes d’aménagement du territoire : le compromis entre l’efficience du système de prise de décisions collectives et le niveau de participation citoyenne au processus décisionnel qui détermine en retour l’efficience des projets.

Selon Elena Ciccozzi, la gestion des Galápagos symbolise les failles dont pâtissent les systèmes de co-gestion des ressources naturelles lorsque les institutions censées les réguler sont conçues sans suffisamment tenir compte des spécificités locales.

Elle en conclut que « le cas des Galápagos confirme que les chances de succès d’un système de gestion participative relève pour une grande part de l’attention que l’on porte aux aspects politiques : des rapports de pouvoir (formels et informels) aux règles du jeu (constitutives et de procédure), incluant les dispositifs de contrôle de l’accès et de l’utilisation des ressources naturelles » (p.182).

La gestion participative des ressources dans une aire protégée reste souvent perçue comme le meilleur moyen pour parvenir à un consensus entre les acteurs ; pourtant, elle ne débouche pas toujours sur une gestion plus inclusive des ressources.

Il existe donc une différence fondamentale entre gouvernance et démocratie, au sens d’inclusion de tous les acteurs.

Pour que ce système d’administration fonctionne, l’auteure insiste sur la qualité et la transparence des règles et des institutions, ainsi que sur leurs mécanismes d’inclusion (« empowerment » des locaux), ce qui suppose leur adaptation à chaque contexte particulier. Au contraire, la théorie générale de la gouvernance, par définition, ne tient pas compte des aspects locaux, elle nécessite donc des évaluations perpétuelles.

Dernier point important pour que la gestion des ressources naturelles dans des sites fragiles s’améliore : le nécessaire investissement dans le capital social, afin de former les citoyens à participer et surtout, d’inculquer des principes civiques déterminants aux leaders d’aujourd’hui et de demain, notamment autour de la notion d’intérêt général.

LES GALÀPAGOS, GOUVERNANCE ET GESTION DÉMOCRATIQUE DES RESSOURCES NATURELLES, par Elena Ciccozzi • L’Harmattan éditeur • février 2013. ISBN : 978-2-296-99833-9

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Crédit photo : Elena Ciccozzi