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Redéfinir la prospérité. Jalons pour un débat public

Isabelle Cassiers et alii, 2011

mercredi 9 janvier 2013

Cet ouvrage résulte de plusieurs années d’interaction entre des penseurs hétérodoxes qui veulent inciter les acteurs sociaux à repenser leurs modèles de développement et de société. Le contexte de crise économique depuis 2008 les renforce dans leurs convictions, bien que celles-ci révèlent en même temps les importantes fissures qui traversent le champ de l’économie.

La vingtaine de participants du livre, issus de disciplines diverses, appelle à remettre en cause le fonctionnement et les objectifs du système existant, à partir d’une réflexion autour du concept de prospérité.

Le terme est équivoque, ce qui sert de fondement à l’argumentation des auteurs. La prospérité renvoie à la fois à un état heureux qui signifie la recherche du bien-être et du bonheur, se concentrant sur l’ « être », et au processus d’augmentation des richesses, se focalisant alors sur la « frénésie de l’avoir ». Aujourd’hui, ce second sens tend à prévaloir sur le premier dans les objectifs poursuivis par les acteurs politiques, économiques, mais aussi par les individus, pris dans un certain nombrilisme.

Trois premiers chapitres se penchent sur la définition de la prospérité. Remontant au XVIIe siècle, le caractère historiquement construit de la prospérité au sens de recherche de l’abondance est souligné, permettant ainsi de décrypter tout le processus d’évolution de l’entendement du concept. Un objectif du livre est de convaincre le lecteur que la conception actuellement dominante de la prospérité s’avère réductrice au regard du parcours étymologique du terme. L’assimilation des deux sens représente alors une clé pour comprendre la crise systémique que connaît l’économie mondiale, mais aussi les sociétés.

Les auteurs adoptent donc une posture engagée, d’ailleurs assumée explicitement dès l’introduction de l’ouvrage. L’étude de la prospérité au travers de différentes thématiques débouche sur une critique de la voie matérielle privilégiée pour l’atteindre. Les dilemmes et les défis provoqués par le consumérisme, le développement d’une agriculture industrielle ou encore les limites de la croissance économique sur l’environnement sont ainsi mis en avant.

En toute logique dans une démarche engagée, les auteurs s’intéressent dans les deux derniers chapitres à la destinée de leur projet, c’est-à-dire aux conditions politiques d’une redéfinition de la prospérité. En effet, les questions de gouvernance et de pouvoir sont inhérentes à tout processus de réforme. L’enjeu politique fondamental dans cette quête de changement réside dans les équilibres de puissance entre les acteurs. Les auteurs défendent que les États se trouvent désormais pris dans une logique de soumission par rapport aux tenants du capitalisme, notamment dans le sillage de la financiarisation de l’économie. Néanmoins, le rôle de l’État reste primordial dans les grandes orientations sociétales. Pour mettre en valeur une autre vision de la prospérité, la participation de la société civile sera déterminante, d’où le besoin d’un cadre démocratique qui garantisse leur présence au cœur des débats publics.

Plusieurs obstacles s’élèvent contre ce projet. Tout d’abord, les promoteurs du changement sont divers et trop dispersés. Leur fédération demeure un défi de haute taille puisque leur entente n’est pas automatique, malgré leur vision commune critique du système existant. Par exemple, comme il est mentionné dans l’introduction, cet ouvrage se concentre sur des contextes de pays développés. Des connexions restent donc à établir avec les réalités et les partenaires du « Sud », d’autant plus au moment où les économies émergentes jouent un rôle de plus en plus important dans l’évolution des modèles de développement.

Ensuite, les auteurs du livre représentent une tendance minoritaire, notamment dans le champ économique. Ils appellent à dépasser le dogme du Produit intérieur brut (PIB) pour développer des indicateurs prenant plus en compte de nouveaux enjeux, comme la dégradation de l’environnement. Mais ils reconnaissent en même temps la difficulté à proposer de nouveaux principes unificateurs auxquels une majorité de leurs collègues puisse se rallier.

Au-delà d’une simple dénonciation des maux du capitalisme, le livre invite aussi à proposer des alternatives, ou tout du moins, à lancer une dynamique pour réfléchir en ce sens. Une définition de la prospérité plus proche de l’« être » est prônée, tout en précisant qu’une « conception de la prospérité centrée sur l’émancipation de l’être plutôt que sur l’accumulation de l’avoir ne nie en rien l’absolue nécessité d’accéder aux dimensions de l’avoir pour accéder au déploiement de l’être. Prospérité s’oppose à misère et pauvreté, sans aucun doute possible » (p.271).

Plus que de braquer le lecteur, les auteurs aspirent plutôt à générer un débat public inclusif.

Référence : Isabelle Cassiers et alii, Redéfinir la prospérité. Jalons pour un débat public, Éditions de l’Aube, 2011, 283 p.

Contributeurs :
- Dominique Méda, « Préface »
- Isabelle Cassiers, « Introduction »
- Dominique Méda, « Peut-on dénouer les liens entre propérité et croissance ? »
- Isabelle Cassiers, Géraldine Thiry, « Du PIB aux nouveaux indicateurs de prospérité »
- Stéphane Leyens, « Capabilités et définition transculturelle de la prospérité »
- Jean De Munck, « Les critiques du consumérisme »
- Thomas Périlleux, Julien Charles, « La prospérité au travail »
- Gaëtan Vanloqueren, Philippe Baret, « Des laboratoires aux champs : les enjeux d’un changement de paradigme »
- Tom Bauler, Edwil Zaccaï, « Croissance, environnement, prospérité : peut-on les concilier ? »
- Laurent de Briey, « Prospérité et crise du politique »
- Christian Arnsperger, « Quelle action collective pour repenser la prospérité ? »
- Robert Boyer, Isabelle Cassiers, Isabelle Ferreras, « Conclusion. Prospérité, quil la redéfinira ? »