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Le commerce international. Théories et pratiques actuelles

Jean Bourdariat, 2011

mardi 4 septembre 2012 - Mis à jour le vendredi 28 décembre 2012

Un nouveau regard sur la mondialisation du commerce, c’est ce qu’apporte cet ouvrage, "Le commerce international. Théories et pratiques actuelles".

Quelles idées ont fondé l’organisation du commerce international ?

La théorie classique du commerce international est fondée sur les concepts de marché, de division internationale du travail et de spécialisation. Au sein des marchés d’échanges de biens et de services opèrent des acteurs rationnels dont les décisions sont guidées par leur intérêt personnel, un présupposé de Smith étant que l’intérêt collectif est parfaitement représenté par l’addition des intérêts personnels des individus. Sur les marchés internationaux, les nations sont mutuellement gagnantes à l’échange lorsqu’elles spécialisent leur économie là où elles ont un avantage relatif en facteurs de production : les prix guident l’allocation des ressources.

Le commerce a pour effet à long terme de faire converger les conditions de vie des populations dans les pays industrialisés et dans les pays moins avancés économiquement. Il peut y avoir des gagnants et des perdants au sein de la population à l’intérieur d’un pays, selon que des professions ou activités seront renforcées ou concurrencées par les importations. Les penseurs classiques ont laissé en dehors de leur champ de réflexion les questions de compensation et de redistribution de revenus.

Quelles critiques à l’encontre de la théorie classique ?

Les critiques à l’encontre de la théorie classique du commerce international sont centrées sur l’avantage excessif que procure le libre-échange aux pays les plus avancés économiquement par rapport aux pays en développement. Ces derniers participent au commerce international par des exportations de produits primaires (pétrole, bois, produits de l’agriculture …) qui peuvent être fructueuses à court-terme, mais qui ne permettent pas de financer durablement l’importation de produits manufacturés et enferment leur économie dans des productions à valeur ajoutée faible et décroissante. Le commerce international engage dans la spirale appauvrissante du sous-développement le pays qui a fait le choix de cette spécialisation primaire, dont il lui est difficile de sortir par la suite.

Quels sont les arguments des avocats du libre-échange ?

Le libre-échange permet à un pays d’accéder plus facilement à un produit ou service dont il est dépourvu, et d’y accéder à moindre coût. Supprimer un droit de douane à l’importation est un gain direct, car les droits perçus par l’Etat ne compensent que rarement les pertes des producteurs et des consommateurs dues au droit de douane.

Le libre-échange apporte d’autres bénéfices : la productivité des entreprises augmente par effet d’échelle, l’innovation est stimulée, l’emploi des travailleurs qualifiés augmente, les entreprises en quête de « rente » ne peuvent pas mener des stratégies d’aubaine, la politique économique est plus simple et plus facile à conduire pour le gouvernement. Dans le cas où apparaissent des dysfonctionnements du marché domestique, les traiter en interne, à la source, est plus efficace que réintroduire des restrictions commerciales, lesquelles doivent être rejetées. Pour développer une industrie, les pays en développement doivent privilégier une politique de promotion des exportations, les politiques d’industrialisation par substitution des importations ayant montré leur inefficacité.

Au final, le commerce contribue au bien-être économique des nations si une politique macroéconomique solide est menée, si les infrastructures et les marchés fonctionnent, et si les bénéfices du libre-échange sont répartis équitablement.

Faut-il protéger le commerce des pays en développement ?

Historiquement, les pays du nord ont utilisé leur puissance politique (et parfois militaire) et leur pouvoir de monopole pour imposer des politiques protectionnistes favorables à leur industrie. Or l’industrie est le plus puissant des vecteurs de développement, celui qui apporte le plus de valeur ajoutée. Les pays en développement doivent pouvoir protéger leurs industries naissantes pour bénéficier des externalités liées à l’industrialisation et leur permettre d’acquérir des connaissances et du savoir-faire « en faisant ». Ils doivent pour cela concevoir une politique économique ciblée, s’appuyant sur leurs avantages comparatifs, associant des subventions au travail, l’obtention d’un meilleur prix des exportations primaires, et, tout en restant dans un système de libre-échange, instaurer un droit de douane ciblé s’il n’existe aucune alternative.

Le commerce, condition de la prospérité des pays industrialisés ?

Le commerce est un facteur de prospérité des pays industrialisés, mais des conditions exigeantes doivent être réunies :

- l’existence de ressources, notamment humaines,

- un environnement favorable à l’innovation,

- un marché local,

- une libéralisation totale et durable d’un marché dont les imperfections ont été levées,

- un marché du travail proche du plein emploi,

- une compensation des revenus distribués inéquitablement et des pertes de revenu du gouvernement.

Le commerce n’agit pas directement sur la prospérité, qui dépend de la productivité intérieure. C’est en favorisant l’innovation et les gains de productivité et en permettant une amélioration du rapport qualité/prix des produits importés que le commerce peut augmenter la prospérité.

Comment l’industrie peut-elle être compétitive et exportatrice ?

Cinq facteurs fondent une industrie compétitive : le positionnement produits, la R & D qui inclut l’innovation et le développement des savoir-faire, la productivité, le coût du travail, le taux de marge.

Trois de ces facteurs sont déterminants pour un positionnement fort à l’exportation : le positionnement produits, la R & D, le taux de marge. Les entreprises parviennent à accroître leur part de marché à l’exportation par une stratégie de différenciation, ou de leadership par les coûts. Les entreprises qui se positionnent sur des produits de haute ou moyenne gamme, sont moins sensibles à la concurrence sur les prix, leur atout est ce qu’on appelle une "compétitivité hors-prix". La recherche et développement, l’innovation, le développement de savoir-faire leur permettent d’améliorer et différencier leurs produits et de viser à l’excellence de leur processus production en termes de qualité, coût et délai. Dans les pays industrialisés, un taux de marge élevé est en relation avec un excédent élevé des échanges de produits manufacturés. De plus, un taux de marge élevé est un facteur d’attractivité du territoire pour les investissements des entreprises internationales (IDE).

Nous n’avons pas mis en évidence de lien direct entre la productivité et la compétitivité à l’exportation, ainsi que l’a écrit Krugman pour lequel ce lien est faible ou inexistant. Dans les pays industrialisés, une corrélation entre les exportations et le coût du travail est d’autant moins évidente que les produits sont de gamme plus élevée, mais cette corrélation existe pour les produits de moyenne et basse gamme, produits massivement dans les pays émergents à bas salaires.

Que dit l’OMC des effets défavorables du libre-échange ?

Si le commerce international est globalement favorable à un pays et à sa population – notamment pour réduire la pauvreté –, l’OMC reconnaît que tous les individus et tous les secteurs d’activité ne profitent pas également du libre-échange, et qu’il y a des gagnants et des perdants.

Tous les facteurs ne sont pas également mobiles, les capitaux circulent instantanément d’un bout à l’autre de la planète grâce à des marchés financiers libéralisés, mais les travailleurs sont peu mobiles et sont presque toujours la variable d’ajustement des reconfigurations économiques imposées par la libéralisation du commerce. L’OMC recommande des politiques actives en faveur des chômeurs, mais est réservée sur les politiques de redistribution qui constituent, selon elle, des distorsions au commerce.

Référence : Jean Bourdariat, 2011, Le commerce international. Théories et pratiques actuelles, Paris : L’Harmattan, 222 p.