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La crise du capitalisme crée de gigantesques réserves de travail qui boostent les profits et creusent les inégalités

par Bernard Male Nyembo

vendredi 27 avril 2012 - Mis à jour le mercredi 23 janvier 2013

Un point de vue non-eurocentrique

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On s’accorde aujourd’hui pour reconnaître que les crises menacent d’accroître la pauvreté. Sans doute, entre 2007 et 2009, le « Système » en Europe et aux Etats-Unis a subi une crise sévère qui a touché les fondations de son système financier et menacé de banqueroute ses « secteurs dominants ». Les conséquences sont pires en Afrique. Entre temps, les « crises du capital » ont été converties en un avantage stratégique au service des intérêts les plus fondamentaux du capital : la croissance des profits, la consolidation des règles capitalistes, la plus grande concentration de la propriété, le creusement des inégalités entre le capital et le travail et la création de gigantesques réserves de travail pour que se poursuive la croissance du profit.

La situation a mené à une stagnation et une récession continue en Amérique du nord et dans l’Eurozone, avec des PIB en croissance zéro ou négative, et des taux de chômage à deux chiffres dans les deux régions. Les gouvernements corrigent fréquemment les données officielles, qui sous-estiment le pourcentage des chômeurs en excluant les travailleurs à temps partiel, les chômeurs de longue durée et d’autres. L’argument de la « crise » est renforcé lorsqu’on observe les millions de propriétaires expulsés par les banques, la forte augmentation de la pauvreté, l’indigence causée par les pertes d’emploi, les réductions de salaire et l’élimination (ou la réduction) de services sociaux. « Crise » est aussi associé à l’augmentation massive des faillites, surtout des petites et moyennes entreprises et des banques régionales.

Les effets destructifs du « Système »

Le « Système » actuel nous pose un problème difficile, car il démontre les effets destructifs, profonds et envahissants du système capitaliste sur les vies de la grande majorité de l’humanité. Le problème est celui d’une adversité sociale croissante, la diminution de revenus et d’emplois a été un facteur majeur de la restauration rapide et massive des marges bénéficiaires des plus grandes firmes.

Dans un rapport publié le 20 février 2012, le professeur James Petras décrit ainsi la crise du capitalisme : «  … Même pendant les pires années du déclin euro-américain, les géants asiatiques ont eu une croissance de 8%. Les économies latino-américaines, particulièrement les exportateurs de produits agricoles et miniers (Brésil, Argentine, Chine) avec des marchés diversifiés, surtout en Asie, ont connu une brève pause (en 2009), avant de revenir à une croissance de modérée à rapide (entre 3% et 7%) de 2010 à 2012. En agrégeant les données économiques de l’Eurozone considérée comme un tout, les apôtres de la crise globale masquent les énormes disparités de performance à l’intérieur de la zone. Alors que l’Europe du sud est enlisée dans une dépression profonde et durable depuis 2008 jusqu’aujourd’hui, quel que soit l’indicateur de mesure, les exportations allemandes ont atteint en 2011 le record de mille millirads d’euros ; l’excédent commercial a atteint 158 milliards d’euros, après 155 en 2010 (BBC News, Feb.8 2012). Alors que le niveau de chômage agrégé de l’Eurozone atteint 10,4%, les différences internes écartent tout diagnostic de « crise générale ». Le sous-emploi est de 4,9% aux Pays-Bas, 4,1% en Autriche, 5,5% en Allemagne, où les employeurs se plaignent du manque de main d’œuvre qualifiée dans des secteurs clés de croissance. De l’autre côté, dans le sud Europe exploité, le sous-emploi atteint des niveaux dépressionnaires, 21% en Grèce, 22,9% en Espagne, 14,5% en Irlande et 13,6% au Portugal (FT Jan 19 2012, p 7) ».

En d’autres termes, dans les pays développés, la « crise » ne touche pas plusieurs économies, qui en fait profitent de leur domination du marché et de leur force technico-financière aux dépends d’économies dépendantes, débitrices et en retard.

Le plus agressif dégraissage de travailleurs de l’histoire

Les hauts niveaux de sous-emploi parmi les jeunes font que ceux-ci ont une inclination plus forte pour agir directement « contre le Système » ; tandis que les travailleurs plus âgés, avec un meilleur d’emploi (et les compensations financières pour les sans-emploi) ont montré une plus grande propension à faire confiance aux urnes, s’engageant dans des grèves restreintes avec des revendications sur le travail et les salaires. La concentration du chômage sur les jeunes travailleurs signifie qu’ils constituent le « noyau disponible » pour une action durable ; mais elle signifie aussi qu’il n’est possible de réaliser qu’une unité d’action limitée avec la génération précédente de travailleurs dont le taux de chômage n’est qu’à un seul chiffre. Cependant il est aussi vrai que la grande masse des jeunes chômeurs est une arme formidable pour les employeurs, menacant de remplacer les travailleurs âgés ayant un emploi. Aujourd’hui les capitalistes constamment brandissent la menace du chômage pour diminuer les salaires et les avantages sociaux, et intensifier l’exploitation (on dit « augmenter la productivité ») pour augmenter les profits. Loin d’être simplement un indicateur du « Système », les hauts niveaux de chômage ont abouti avec d’autres facteurs à renforcer les inégalités sociales.

Toute l’idéologie qui justifiait les profits était basée sur ses « risques », le nouveau dogme « too big to fail » permet aux plus grandes firmes de garantir les profits même lorsqu’elles risquent la faillite, cela parce que ce sont des firmes à milliards de dollars. Avec l’idéologie du « retour à la compétitivité », des gouvernements incitent les employeurs à engager le plus agressif dégraissage de travailleurs de l’histoire moderne. Pour nous, une productivité et une profitabilité augmentée devrait être le résultat d’une politique publique du travail et d’un encouragement du secteur privé.

S’appuyer sur la diaspora

Mais dans les pays en développement, la situation empire jour après jour ; mauvaise gouvernance, corruption, immigration, absence de plan pour créer des emplois, absence de priorités, etc. Nous proposons que ce qu’on nomme « l’aide internationale » soit stoppée, et convertie en dotation, investissements éthiques, et/ou prêts directs aux membres qualifiés de la Diaspora. Ils sont les moteurs de la création d’emploi, ils doivent être considérés comme de nouveaux partenaires pour réaliser des changements positifs dans leur pays d’origine. La CNUCED peut le faciliter et l’encourager, au lieu de travailler avec des gouvernements non éthiques. Il est possible d’identifier des professionnels de la Diaspora ayant acquis une solide expérience dans les pays développés, et motivés pour apporter leur expérience à leur patrie.

Encourager le capitalisme social et impliquer la diaspora dans la création d’emplois et la transformation sociale. Le « Système du Commerce » actuel a démontré sans aucun doute qu’il prospère au travers de la détresse de dizaines de millions de travailleurs et rejette les appels répétés à la réforme et à la régulation ; Les conséquences ne sont pas quantifiables en Afrique et dans d’autres pays pauvres. Le « Système » ne peut pas être porter le fardeau de l’élévation du niveau de vie, ni assurer un emploi débarrassé de la peur des licenciements soudains, brutaux et à grand échelle. Le « Système », tel que nous l’avons vécu au cours de la dernière décennie et dans un futur prévisible, est en contradiction totale avec la recherche de l’égalité sociale, de la prise de décision démocratique et du bien-être collectif.

Puisque le « Système » génère des prédateurs, et puisque les réformes et les régulations ont lamentablement échoué, il est temps de considérer une transformation systémique fondamentale, qui commence par la communauté internationale, au travers d’institutions internationales choisies, parmi lesquelles la CNUCED.

Nous ne prêchons cependant pas le socialisme, nous croyons que la plupart des gouvernements devraient revisiter le capitalisme, et le transformer en un « capitalisme social ».

La démocratie sur le lieu de travail

Une telle approche peut entraîner une réorganisation à grande échelle de l’économie, le transfert de milliers de milliards des coffres de la classe prédatrice qui n’est en rien utile au bien-être public. Ce changement peut permettre de financer une économie productive et innovante basée sur l’agri-business, de nouvelles banques éthiques, l’éducation et la recherche, l’énergie, etc. Ainsi le capitalisme social pourrait remplacer la crainte quotidienne des licenciements avec la sécurité que peut apporter la confiance, l’assurance et le respect sur le lieu de travail.

La démocratie sur le lieu de travail devrait être au cœur de la vision de la CNUCED au XXIème siècle, et devrait être partagée par les gouvernements et les parties prenantes (stakeholders). Cette vision audacieuse implique notamment de nationaliser les banques, d’éliminer les bourses de valeur (y compris Wall Street), de reconcevoir des institutions financières qui créeraient des emplois productifs, qui serait au service du bien-être social, qui préserveraient l’environnement.

La diaspora devrait être invitée à participer aux négociations et à la transformation du « Système » local et international en place. Les bénéfices seront multiples et auront aussi un impact sur l’immigration.

Bernard Male Nyembo est spécialiste du commerce international et du développement (agri-business, énergie et banque), basé à San Franciso en Californie. Il se définit comme un entrepreneur éthique.