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Petite histoire de l’instrument monétaire et de ses formes d’institution

par Bernard Billaudot

lundi 16 avril 2012 - Mis à jour le mercredi 23 janvier 2013

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Qu’est ce que la monnaie ?

Quel est l’instrument monétaire qui s’est imposé dans les sociétés modernes réellement existantes ?

Quelle est l’histoire des formes successives d’institution de cet instrument ?

Qu’en est-il aujourd’hui avec l’euro ?

Comment se finance l’Etat lorsque cet instrument s’est imposé et qu’il est institué dans une certaine forme ?

Tous les débats actuels concernant la crise de/dans la zone Euro liée au niveau élevé de l’endettement des Etats du sud de la zone - Quelle est l’origine de cette crise ? Comment la résoudre ? –reposent nécessairement sur des réponses à ces questions. La première appelle une réponse théorique (si on la distingue de la seconde). Par contre, la seule observation des comptes des agents économiques - à commencer par ceux des banques - et de leurs pratiques permet de répondre aux autres. C’est à ces autres questions que cette note entend répondre le plus simplement possible dans un premier temps. Je dis quelques mots des théories de la monnaie à la fin (quatrième partie).

Bien souvent, les réponses qui sous tendent telle ou telle position dans le débat sont erronées (elles sont contredites par ce que la simple observation nous apprend). Je vais notamment remettre les pendules à l’heure à propos de quatre propositions couramment entendues (leur « tordre le cou »).

- « Les banques prêtent l’argent qu’on dépose chez elles ». Cette expression date du temps, bien éloigné du notre, où l’instrument monétaire était des pièces d’or émise par l’Etat (le souverain). Elle était alors exacte quand l’argent prêté l’était en cet instrument (et non pas en billets de banque). Depuis que l’instrument monétaire est la monnaie de crédit (monnaie émise par les banques) et que la mise en place de la forme « système bancaire » est acquise, ce sont « les crédits bancaires qui créent les dépôts bancaires » ; donc, « les banques créent l’argent qu’elles prêtent ». Ce qui ne veut pas dire qu’elles peuvent le faire sans aucune limite.

- « La Banque centrale est la seule à créer ex nihilo de la monnaie ». Ce n’est plus le cas avec la mise en place des systèmes bancaires nationaux après la seconde guerre mondiale, forme pour laquelle on parle de Banque centrale (on n’en parlait pas avant).

- « Quand la banque centrale prête à l’Etat, elle fait marcher la planche à billets ». Cette proposition date du temps où le seul instrument monétaire utilisé était les billets de la Banque de l’Etat (la banque de France, en France) ; mais elle n’est plus vraie dès lors que l’Etat ne règle plus les fonctionnaires et ses autres dépenses en billets.

- « Avant la loi Giscard de 1973, le Banque centrale prêtait à l’Etat à un taux d’intérêt nettement inférieur à celui auquel les banques lui prêtent ensuite ». C’est faux parce que, avant, la plus grosse partie du financement de l’impasse de l’Etat (ce qui reste à financer, s’il y a lieu, une fois déduit ce qui l’est par des émissions d’obligations ou de bons du trésor souscrits par les ménages) était assuré par les banques monétaires à un taux qui était le taux auquel les banques pouvaient se refinancer auprès de la banque centrale ou sur le marché monétaire (marché entre la Banque centrale, les banques monétaires de second rang et quelques autres intervenants admis sur ce marché).

Pour répondre aux questions initialement posées (sauf la première) et établir des propositions qui contredisent les précédentes, il faut adopter une vue historique. Le plus simple est de commencer par ignorer les relations d’une nation avec le reste du monde (I). Celles-ci sont introduites ensuite, en traitant à ce moment de la période ouverte par la libération des mouvements de capitaux (années 80) au cours de laquelle l’euro est créé (II). Une reprise de la situation actuelle sous l’angle des activités bancaires - « Les activités bancaires à l’heure de la finance de marché mondialisée : la banque universelle » - est faite dans un troisième temps (III). Quelques éléments sur les théories de la monnaie sont donnés in fine (IV).

Bernard Billaudot est professeur émérite à la Faculté d’économie de Grenoble.