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III. Les activités bancaires à l’heure de la finance de marché mondialisée : la banque universelle

par Bernard Billaudot

lundi 16 avril 2012 - Mis à jour le mercredi 23 janvier 2013

Je reprends maintenant tout ce qui précède en changeant de point de vue. Je m’intéresse maintenant aux activités bancaires (et plus généralement aux activités des agents financiers). L’organisation du système de financement des divers pays n’est pas la même à chaque époque et elle change dans le temps, que ce changement procède d’un changement de la législation, du Common Law jurisprudentiel ou de conventions communes au milieu. Je m’en tiens pour simplifier au cas français.

1. A l’heure de la finance d’intermédiation « nationale » et de la séparation entre activité d’affaires et activité de dépôts.

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A l’époque des trente glorieuses, on est en présence d’un système bancaire national couplé à une finance d’intermédiation et à un strict contrôle des mouvements internationaux de capitaux. Les intermédiaires financiers sont de divers types, chacun étant spécialisé dans une activité que les autres n’ont pas le droit d’exercer. On a :

- des banques monétaires, qualifiées couramment de banques de dépôts, qui gèrent des dépôts à vue transférables et accordent des crédits. Elles proposent aussi à leurs clients des dépôts d’autres types qui donnent lieu à une rémunération (dépôts à terme, comte sur livret, épargne logement, etc.).

- des banques non-monétaires, qualifiées couramment de banques d’affaires, qui font des émissions de titres sur le marché financier (actions et obligations) et qui prennent des participations dans des entreprises en participant à la création de nouvelles entreprises (elles souscrivent à la première émission et revendent ensuite en bourse tout ou partie quand la société est cotée en réalisant alors, si l’entreprise n’a pas mal tourné, le bénéfice de fondateur) ou en rachetant directement un paquet d’actions. Des groupes industrialo-financiers à tête financière se forment ainsi. Les activités d’une banque d’affaires ont alors de gérer les émissions d’actions des entreprises du groupe ou d’autres, de gérer des fusions, etc. et de spéculer (acheter/vendre en Bourse pour gagner de l’argent à partir des fluctuations des cours – et non pas dans une optique de placement à long terme).

- des sociétés de crédit (ex : le crédit foncier) qui fait des émissions d’obligations et prête les sommes ainsi mobilisées (je laisse de coté les organismes de crédit qui sont des filiales des banques monétaires et qui se financent par des prêts des banques monétaires).

- des organismes spécialisés dans la collecte de l’épargne (ex : caisses d’épargne) qui n’ont pas le pouvoir de création monétaire et qui prêtent l’épargne ainsi collectée.

- des sociétés d’assurances qui convertissent en titres les primes versées par ceux qui souscrivent des contrats d’assurance auprès d’elles pour faire face aux échéances que sont les sinistres couverts ou les décès (en cas d’assurance vie).

On est ainsi en présence d’un système cloisonné. Tout change, par étapes, jusqu’à ce qu’il en est à l’heure de la finance de marché mondialisée.

2. A l’heure de la finance de marché mondialisée : la banque universelle

La sorte d’organisation qui voit le jour est la banque universelle (la banque à tout faire) ou encore la banque-assurance.

Une même personne morale, une banque (ex : la BNP qui résulte de la fusion d’une banque de dépôts et d’une banque d’affaire) se livre à toutes les activités antérieurement séparées. A cela s’ajoute tout ce que le passage d’une finance d’intermédiation à une finance de marché a ajouté ou modifié. Il s’agit notamment de l’activité qui consiste à gérer des fonds communs de placements dont la banque universelle invite ses déposants, qui entendent placer une partie de leur épargne financière, à alimenter en souscrivant des parts de ces fonds. La gestion de ces fonds implique de trouver les meilleurs placements en titres (actions, obligations, bons du trésor négociables ou autres) pour assurer aux détenteurs de parts du fond le meilleur rendement. Ceux qui réalisent cette activité – les opérateurs des salles de marché - ne sont pas distincts de ceux qui spéculent pour compte propre. Si ces opérations pour compte propre génèrent du cash, cela signifie que la banque voit son dépôt chez une autre banque augmenter ; si le dénouement de certaines opérations se solde par une perte, c’est l’apport propre de la banque qui est débité d’autant en même temps que sont passées les écritures correspondant aux opérations de paiement avec les personnes concernées par l’opération.

En tout état de cause, tout ceci est déterminé par la règlementation en vigueur et, s’agissant de la zone Euro, cette réglementation est avant tout européenne (le gouvernement français ne peut adopter des règles contraires à cette règlementation).

Bernard Billaudot est professeur émérite à la Faculté d’économie de Grenoble.