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Jean-Claude Trichet : quel business model pour l’Europe ?

samedi 9 juillet 2011 - Mis à jour le vendredi 16 novembre 2012

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Trichet

[Intervention de Jean-Claude Trichet le 9 juillet 2011, quelques mois avant la fin de son mandat à la Banque Centrale Européenne, aux Rencontres d’Aix du Cercle des Economistes, présidé par Jean-Hervé Lorenzi.]

Le problème de l’Europe est le même que celui de tous les pays industrialisés. Nous avons subi la crise la plus grave depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Heureusement les gouvernements ont été crédibles et ont bien réagi, sinon c’aurait été la crise la plus grave depuis la première guerre mondiale, plus que celle de 1929.

La situation en Europe, comparée à celle des Etats-Unis et du Japon, est relativement correcte :
- le déficit public est de 4,5% contre environ 10% pour les Etats-Unis et le Japon, et la dette est inférieure,
- la balance des paiements courants est équilibrée,
- la croissance est insuffisante, mais elle est du même ordre de grandeur pour tous ces pays en moyenne depuis dix ans (de l’ordre de 1% par an et par habitant),
- depuis l’instauration de l’euro, l’Europe a créé 14 millions d’emplois, les Etats-Unis 8 millions, mais notre taux de chômage est inadmissible.

On peut dire qu’au royaume des aveugles, les borgnes vont mieux.

Il existe une idée fausse selon laquelle les Etats-Unis sont un pays plus homogène que l’Europe. C’est faux. Il y a une très grande dispersion des écarts-types entre les grandes régions des Etats-Unis en matière de croissance, d’inflation, de chômage et de coûts de production. Dans un grand pays de plus de trois cent millions d’habitants, il faut renforcer la gouvernance.

On constate un très grand scepticisme de l’opinion sur les institutions nationales et européennes. Pourtant nous faisons une construction historique de très grande ampleur. Les acquis d’aujourd’hui – monnaie unique, Parlement Européen, Cour de Justice Européenne – auraient paru il y a cinquante ans comme un rêve pour les pères fondateurs de l’Europe.

Mais il y a eu des négligences économiques coupables. Le pacte de stabilité et de croissance n’a jamais été considéré par les gouvernements comme une exigence absolue. Deux grands pays, rejoints ensuite par deux autres, ont voulu faire éclater le pacte en 2003/2004. Il y a eu un nouveau pacte, affaibli par la France et l’Allemagne en ce qui concerne les sanctions. Si on avait appliqué le cadre de surveillance européen avant la crise, nous serions dans une situation meilleure. Il faut surveiller les indicateurs de compétitivité et les déséquilibres. L’évolution de ces indicateurs est communiquée chaque mois à chaque pays de l’Eurozone. Un pilier de surveillance est en création entre la commission, le conseil et le parlement. Le Parlement Européen pousse dans le bon sens. Mais le Conseil Européen n’a pas encore compris à quel point la surveillance était nécessaire. Néanmoins, si on a appliqué le pacte, même affaibli, c’est avec le soutien des gouvernements.

Les Etats ont montré une bonne capacité à réagir, mais ils n’ont pas été capables d’anticiper. Lors de la crise de 2008, le programme TARP a d’abord été refusé par le Congrès, alors que la catastrophe annoncée était visible pour le gouvernement et pour les autorités financières. Le programme TARP a été voté quand le tsunami était là. Il y a une nécessité d’organiser une communication permanente et lucide pour rendre l’opinion publique plus ouverte sur ce qui se passe et sur ce qui pourrait se passer.

J’ai toujours perçu le scepticisme sur la construction européenne. En 1998, un an avant l’instauration de l’euro, 80% des américains étaient sceptiques sur nos capacité à y parvenir. Les européens ont des problèmes, comme tous les pays industrialisés en ont. Nous devons les traiter, en particulier les problèmes de gouvernance. Nous bénéficions actuellement d’une leçon économique exemplaire. Je peux classer les pays de la zone euro par ordre de coûts de production et de salaires. Un pays a mené une politique de sagesse et en est aujourd’hui récompensé de manière aveuglante, avec une croissance économique, une résilience, des créations d’emploi, une baisse du chômage.

Notre responsabilité est d’assurer la stabilité et la confiance d’un ensemble de 17 pays avec 330 millions d’habitants. Pour cela, la BCE est une ancre.

La croissance doit être assurée par l’imagination et la créativité décentralisée des gens, bien plus que par des politiques publiques.