Newsletter

Accueil du site > Du tac au tac > Pourquoi les grandes firmes françaises se détournent-elles du territoire (...)
aaa

Pourquoi les grandes firmes françaises se détournent-elles du territoire national pour leurs nouveaux investissements ?

lundi 20 juin 2011 par Jean Bourdariat - Mis à jour le vendredi 16 novembre 2012

Fermeture de sites industriels en France, record de déficit du commerce extérieur, les corrélations entre sortie nette de capitaux investis par les entreprises et déficit des échanges – entrée nette de capitaux et excédent commercial – sont établies. Les investissements des firmes peuvent être "horizontaux" (des unités de production délocalisées au plus près des marchés), ou "verticaux" (des unités de production intégrées dans un même processus industriel).

Dans le premier cas, on délocalise des moyens de production, des effectifs et de la valeur ajoutée : il y a substitution entre les investissements directs à l’étranger (IDE) et les exportations. Dans le second, les filiales achètent des produits intermédiaires et des services à la maison mère : il y a complémentarité entre IDE et commerce.

La répartition des moyens de production de Renault et Volkswagen en est une illustration. Volkswagen a choisi de conserver 47 % de son effectif en Allemagne et Renault 45 % en France. Le premier réalise 80 % de ses ventes mondiales hors d’Allemagne, et le second "seulement" 70 % hors de France. L’Allemagne en retire les avantages en matière d’activité domestique, d’emploi et de supplément d’exportations.

Ce cas est-il exceptionnel ? Selon la conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), les groupes français du "top 100" mondial ont un taux d’internationalisation plus élevé, 63 %, que les groupes allemands, 55 %, pour des ventes équivalentes hors du pays d’origine. Les français ont localisé à l’étranger 61 % de leurs actifs contre 46 % pour les allemands, 64 % de leurs employés contre 55 %. Les grandes firmes françaises ont donc tendance à plus investir à l’étranger pour substituer les exportations.

Comme l’écrit Lionel Fontagné dans son ouvrage Performances à l’exportation de la France et de l’Allemagne (CAE, 2008) : "La baisse de performance à l’exportation des plus grandes, par ailleurs très profitables comme on le sait, tient à une substitution partielle des ventes sur place aux exportations." Dans son rapport sur le commerce mondial de 2008, l’OMC relève elle aussi ces différences de stratégie : 53 % de la hausse des exportations allemandes entre 1995 et 2000 serait due à la spécialisation verticale, contre seulement 28,8 % pour la France.

La question est donc : pourquoi les grandes firmes françaises se détournent-elles du territoire national pour leurs nouveaux investissements ?