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10 ans de divergence économique entre la France et l’Allemagne

vendredi 6 août 2010 par Jean Bourdariat - Mis à jour le mardi 20 novembre 2012

De nombreux commentateurs regrettent les désaccords franco-allemands sur les questions économiques, interdisant à l’Europe de mettre en œuvre des solutions efficaces pour contrer la spéculation et redonner confiance dans la monnaie unique.

Mais la mésentente apparente n’est que la suite logique de dix années de divergence des politiques économique et sociale de la France et de l’Allemagne.

Si on observe l’évolution comparée des balances commerciales de la France et de l’Allemagne sur une cinquantaine d’années, on observe que jusqu’à la fin des années 1990, les soldes ont évolué plus ou moins parallèlement : la France, on le savait, avait un commerce structurellement déficitaire et celui de l’Allemagne était excédentaire. La France compensait son déficit commercial par un excédent des échanges de services, qui lui permettait d’équilibrer sa balance des paiements. Mais depuis 2000, une divergence impressionnante apparaît, comme le montre le graphique suivant, réalisé à partir des données de l’OCDE : le déficit de l’une se creuse sans discontinuer, tandis qu’à l’inverse l’excédent de la seconde s’accroît.

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Balances commerciales Marchandises France Allemagne 1961-2007

De plus l’excédent de la balance des services française a diminué de 2000 à 2007 de 5 milliards d’euros, tandis que le déficit des services allemand s’est réduit de 10 milliards d’euros. La balance des paiements françaises, qui voit son excédent diminuer depuis 2000, est devenue négative depuis 2005.

Depuis 2000, le coût horaire du travail en France dépasse celui de l’Allemagne.

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Balance stocks de M & A

Alors que jusqu’à la fin des années 1990, les entreprises des deux pays achetaient toutes deux plus d’entreprises étrangères que les multinationales étrangères n’en achetaient sur leur territoire, un changement frappant apparaît en 2000. Le graphique des fusions & acquisitions, établi à partir de données de la CNUCED montre que les groupes multinationaux français accélèrent leurs investissements dans des entreprises à l’étranger, alors qu’inversement, les achats nets d’entreprises en Allemagne par des groupes internationaux deviennent les plus importants.

Ainsi depuis 10 ans, les groupes internationaux français font toujours plus souvent le choix d’investir à l’étranger plutôt que sur le territoire national, tandis que les groupes allemands réinvestissent plus souvent en Allemagne même.

D’autres indicateurs, la productivité, le taux de marge des entreprises, l’éventail des salaires, le PIB par habitant montrent le changement intervenu depuis 10 ans. Ces indicateurs illustrent le choix par l’Allemagne d’une politique vertueuse de « fourmi ». Les « cigales » protestent contre une vertu jugée déloyale. La mésentente entre la France et l’Allemagne tient au fait que le gouvernement allemand, appuyé pas son opinion publique, ne croit pas un instant que les gouvernements du sud de l’UE, dont la France, qui affronte une opinion publique défavorable, suivront son exemple vertueux.

NB. Les données sont issues d’une étude à paraître sur les compétitivités relatives de l’Allemagne et de la France, basées sur les données statistiques de l’OCDE, de la CNUCED, d’EUROSTAT et de l’INSEE.