Newsletter

Accueil du site > Économie. Conjonctures et déterminants > Les Investissements Directs Etrangers (IDE) en France
aaa

Les Investissements Directs Etrangers (IDE) en France

mercredi 5 mai 2010 par Jean Bourdariat - Mis à jour le lundi 10 mai 2010

Le présent article se propose de mettre en perspective les investissements directs entrant et sortant de France, en examinant leur évolution dans le temps et en les rapprochant de ceux de pays comparables, essentiellement l’Allemagne et le Royaume-Uni.

Les IDE français et allemand ont commencé à croître à la fin des années 1990, quelques années après ceux du Royaume-Uni. Deux pics d’entrées et de sorties d’IDE apparaissent en 2000 et 2006-2007, annonciateurs de l’éclatement de la bulle de la nouvelle économie en 2001 et de la crise des subprimes en 2008. La quasi totalité des IDE est en provenance (ou à destination) des pays industrialisés, dont 80 % d’Europe. Les flux d’IDE français, mesurés en pourcentage de la Formation Brute de Capital Fixe, sont toujours supérieurs à ceux de l’Allemagne de 1990 à 2008.

Les chiffres bruts des flux et des stocks d’IDE entrant sembleraient corroborer l’idée répandue que la France est une des premières destinations des IDE dans le monde. Mais on verra dans un prochain calcul que le mode de calcul des IDE français gonfle artificiellement les flux. L’Allemagne, premier partenaire commercial de la France, lui apporte moins d’IDE que la Belgique et le Luxembourg (la moitié en 2003). 80 % des IDE entrant se portent sur le secteur tertiaire (2/3 pour les services aux entreprises et 1/3 pour la finance). Les IDE se partagent à peu près également (en 2003) entre les dotations en capital et les prêts intra-compagnies.

Le stock d’IDE sortant progresse régulièrement depuis la fin des années 1990, avec une accélération à partir de 2000 en France, Allemagne et Royaume-Uni. En stocks, la Belgique /Luxembourg est la première destination des IDE français, suivie par le Royaume-Uni, les Pays-Bas et l’Allemagne (qui n’est qu’en 4ème position). La part de l’industrie représente 1/3 des IDE sortant, les IDE tertiaires se partageant entre les services aux entreprises (50%), le commerce et la finance (1/4 chacun). 40 % des IDE sortant industriels sont allés vers l’automobile, les deux autres secteurs les plus importants ensuite sont la chimie et l’équipement électrique.

Compte tenu des changements dans les principes d’élaboration des statistiques d’IDE impulsés par l’OCDE, qui mettent en question les valeurs absolues des IDE, il est pertinent d’examiner la balance entre IDE sortant et entrant, comme le propose le CAE. Ainsi, la balance des stocks d’IDE établie à partir des données de la CNUCED montre que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni investissent toujours plus à l’étranger, l’investissement cumulé de l’Allemagne atteignant le double de celui de la France en 2006. Les Les choix d’investissements extérieurs de l’Allemagne lui sont profitables, puisque l’excédent de sa balance commerciale des biens et des services augmente sans discontinuer depuis 2000, alors que dans le même temps les balances commerciales françaises et britanniques se dégradent.

1. Les IDE entrant en France

Les données et graphiques présentés ci-après ont été établis et de données extraites de la base de données de la CNUCED [1] pour la France et pour quelques autres pays. Les données de stock d’IDE antérieures à 1980 ne sont pas disponible dans la base de données.

Pour mettre en perspective ces données sur les IDE, nous les observons d’une part sur une période de plusieurs dizaines d’années (de 1970 à 2008), et d’autre part en les rapprochant avec celles de deux pays comparables, l’Allemagne et le Royaume-Uni, et un pays émergent qui a connu un développement remarquable pendant la même période, la Corée du Sud.

Les IDE en France ont commencé à croître à la fin des années 1990. La progression des IDE entrant suit des séquences successives de 4 ou 5 ans pendant lesquels les IDE augmentent, puis diminuent. Ainsi les IDE augmentent fortement de 1987 à 1991, puis de 1995 à 2000, et enfin de 2005 à 2008, les deux dernières années atteignant des records : les 100 milliards de US$ sont dépassés (avec néanmoins un retrait en 2008 comparé à 2007). Le ralentissement des IDE à partir de 1991 s’explique par la stagnation économique qui a frappé l’Europe après la crise de l’immobilier de 1990. De même le ralentissement des IDE après 2000 s’explique par la baisse de la croissance à la suite de l’implosion de le bulle dite « de la nouvelle économie ».

JPG - 18.4 ko
Tab 1. Flux IDE entrant France, Allemagne, Corée, UK

Les données semblent faire apparaître que la France est une destination prisée des IDE. En 2007 et 2008, la France a dépassé la moyenne des pays de l’Union Européenne lorsqu’on mesure les IDE en pourcentage de la Formation Brute de Capital Fixe : 28,2% et 18,8% contre 26,1% et 14,8% pour l’UE. Auparavant, le ratio [IDE entrant / FCBF] avaient été inférieur en France à celui de l’UE de 1990 à 2000. Ainsi, l’opinion largement partagée en France que ce pays est la première destination mondiale pour les IDE n’est pas totalement fondée. D’ailleurs le graphique de l’évolution du stock d’IDE entrant (ci-après) montre que le Royaume-Uni a accueilli plus d’IDE que la France sur longue période. Il a fallu la très forte baisse des flux d’IDE en 2008 pour que les données de ces deux pays se rejoignent.

Alors que la France et l’Allemagne sont deux économies étroitement liées par leur proximité géographique, leur appartenance à l’UE et le fait que chacun de ces pays soit le premier client de l’autre, l’Allemagne ne semble pas sur ce graphique autant que la France comme une terre d’accueil d’IDE, alors qu’il s’agit d’un pays dont l’économie est la plus compétitive parmi celles des membres de l’UE. Le stock allemand d’IDE entrant en 2008 est inférieur de 30 % à celui de la France, alors que le PIB de l’Allemagne est supérieur de près de 30 % à celui du PIB français. La même remarque s’applique au Royaume-Uni. Le stock d’IDE entrant atteint 34,7 % du PIB français en 2008, contre seulement 19,2 % du PIB allemand. Les flux d’ IDE entrant en France et au Royaume-Uni, mesurés en pourcentage de la Formation Brute de Capital Fixe, ont été de 3 à 4 fois supérieurs à ceux de l’Allemagne en 2007, et de 5 à 6 fois supérieurs en 2008.

JPG - 18.5 ko
Tab 2. Stocks IDE entrant France, Allemagne, Corée, UK

En 2003, selon la Banque de France [2], le stock d’IDE entrant en France se partageait à peu près par moitié entre les dotations en capital (52 %) et les prêts intra-compagnies. Si on considère maintenant la Corée parmi les trois pays industrialisés de notre comparatif, on se rend compte de l’extrême faiblesse relative de l’IDE entrant en Corée : en 2008, le flux et le stock d’IDE entrant n’atteint que respectivement 6,4 % et 9 % de celui de la France, alors que des investissements considérables ont été nécessaires pour le décollage économique de la Corée, et que pour cette même année 2008, le PIB coréen atteint 30 % de celui de la France.

Les quatre pays de notre échantillon sont très fortement intégrés à l’économie mondiale. Une question est posée sur les raisons des différences entre ces pays en terme d’accueil d’IDE. Il peut sembler paradoxal que les deux pays ayant la plus forte industrie accueillent moins d’IDE que les deux autres pays – la France et le Royaume-Uni – qui ont le plus développé les services.

Origine géographique des IDE entrant en France

En 2003, la quasi totalité des IDE proviennent des pays industrialisés, dont 80 % d’Europe. Cette origine européenne prédominante est stable dans le temps et inchangée selon que l’on regarde les flux ou le stock. Le plus gros fournisseur d’IDE en 2003 est l’ensemble Belgique/Luxembourg : les IDE en provenance de ces deux pays représentent 30 % du flux entrant. Bien que premier partenaire commercial de la France et première économie de l’UE, l’Allemagne ne fournit cette année-là que la moitié des IDE entrant en France en provenance de la Belgique et du Luxembourg.

Si la Belgique et le Luxembourg fournissent pas moins de 30 % des IDE en 2003, le stock en provenance de ces pays n’atteint cette année là que 18 % du total. Pendant la décennie 1990 (1991 à 2000), le montant total des flux en provenance de ces deux pays a été de 32 milliard d’Euros, soit 15 % du total des flux d’IDE entrant. Pendant les seules années 2001 à 2003, les flux en provenance de la Belgique et du Luxembourg ont atteint 38,5 milliards d’€, plus que pendant les 10 années antérieures, soit 25 % du total du flux d’IDE entrant, ce qui témoigne d’une forte accélération. Il sera intéressant de savoir ce qu’il est advenu de cette accélération dans les années récentes. Hors Europe, les investisseurs sont en général originaire des Etats-Unis, avec une exception en 2003 où le premier investisseur aura été le Canada.

Destination sectorielle des IDE entrant en France

En 2003, 80 % des IDE se sont portés sur le secteur tertiaire, dont environ les 2/3 vers les services aux entreprises, et 1/3 vers le secteur financier. Cette répartition est stable dans le temps, et n’est pas modifiée selon que l’on regarde les flux ou les stocks.

2. IDE français à l’étranger

La succession de périodes de variations des IDE entrant est encore plus marquée pour les IDE sortant. D’abord les IDE sortant dépassent généralement en montant les IDE entrant. De plus les périodes de croissance, identiques à celles des IDE entrant sont suivies pour la France (courbe bleue) d’une période de décroissance marquée, comme le montre le graphique.

JPG - 19.7 ko
Tab 3. Flux IDE sortant France, Allemagne, Corée, UK

Lors des pics de 2000 et de 2007, les IDE sortant français ont été multipliés respectivement par 2,6 et 2,9, par comparaison avec la moyenne des années précédentes. Les investissements du Royaume-Uni sont allés dans le même sens en 2000, avec un multiplication par 2,2. En revanche, la bulle de la nouvelle économie n’a pas entraîné en Allemagne et en Corée un tel accroissement, les IDE sortant étant quasi stable en Corée et même en diminution en Allemagne par rapport aux 4 années précédentes. Les 4 pays ont en revanche connu une évolution parallèle de leurs IDE sortant pour l’année 2007, ceux-ci étant multipliés par un facteur 2,6 pour la France, jusqu’à un maximum de 3,4 pour le Royaume-Uni, le ratio dépassant 3 pour la Corée et l’Allemagne (toujours en comparant 2007 à la moyenne des 4 années précédentes). Il semble donc exister une corrélation entre le montant des IDE et l’inflation de la valeur des actifs. Lorsque la valeur des actifs monte, les flux d’IDE s’accroissent rapidement, (mais ils se peut aussi que ce soit l’accroissement des flux d’IDE qui provoquent l’inflation du prix des actifs). Pour les trois pays industrialisés que nous avons étudiés, les flux sortant augmentent plus que les flux entrants. Symétriquement, on observe une chute du volume des IDE lorsque les bulles spéculatives éclatent.

Les flux d’IDE sortant de France, mesurés en pourcentage de la Formation Brute de Capital Fixe, dépassent toujours ceux de l’Allemagne (environ + 50 % en 2007 et 2008), comme le montre le tableau suivant :

JPG - 37.8 ko
Tab 5. Flux IDE en % FBCF France Allemagne

Alors qu’à partir de l’année 2000, le stock des IDE entrant en France s’est accru plus rapidement que celui de l’Allemagne, le flux d’IDE sortant a évolué de fâçon remarquablement similaire dans les deux pays.

JPG - 20.9 ko
Tab 4. Stocks IDE sortant France, Allemagne, Corée, UK

En 2003, selon la Banque de France, le stock d’IDE sortant de France était constitué pour les 2/3 de dotations en capital (à comparer à une moitié de dotations en capital pour les stocks d’IDE entrant).

Destination géographique des IDE sortant

Respectivement 98 % et 80 % des flux d’IDE sortant de France sont allés vers les pays industrialisés et vers l’Europe en 2003 (96 % et 80 % des stocks). En stocks d’IDE, la Belgique/Luxembourg est la première destination (18,4 %), suivie dans l’ordre du Royaume-Uni, des Pays-Bas et de l’Allemagne (qui n’est qu’en 4ème position). En 2003, les flux d’IDE sortant sont allés en premier lieu vers le Royaume-Uni (25 % du total), puis vers les Pays-Bas et l’Allemagne et l’Irlande.

Destination sectorielle des IDE sortant

En 2003, les 2/3 des IDE sortant se sont portés vers le secteur tertiaire, un pourcentage inférieur à celui relatif aux flux entrants (80 % vers le secteur tertiaire). Au sein de ce secteur, la répartition est grosso modo une moitié vers les services aux entreprises, un quart vers le commerce et une quart vers la finance.

Si l’on regarde le stock cette même année, il est constitué à 80 % d’investissements vers le secteur des services. En analysant la part des investissements industriels dans les IDE sortant de France de 1990 à 2003, on se rend compte qu’ils ont représenté souvent 20 % et même ont plusieurs années dépassé 30 % du total, mais que pendant les 5 années allant de 1998 à 2002, leur part s’est fortement réduite du fait des flux d’IDE tertiaires, qui ont alors atteint des montants très élevés (l’année 2000 en particulier a été marquée par le rachat au Royaume Uni du réseau Orange par France Telecom, pour un montant si élevé qu’il a généré de fortes pertes par la suite pour la maison mère en France).

Dans le secteur industriel, 40 % des flux d’IDE sont allés vers le secteur automobile, les deux autres secteurs les plus importants étant la chimie et l’équipement électrique.

3. Analyse comparative des IDE entrant et sortant

Il nous a semblé intéressant de comparer les flux entrant et sortant d’IDE par pays.

JPG - 17.8 ko
Tab 6. Balance Flux IDE France, Allemagne, Corée, UK

Nous avons vu que dans les trois pays européens les flux d’IDE entrant et sortant augmentent à partir du milieu des années 1980. Les flux sortant sont plus important que les flux entrant dés 1984 pour l’Allemagne et le Royaume-Uni, ce qui intervient en France à partir de 1987.

JPG - 18.7 ko
Tab 7. Balance Stocks IDE France, Allemagne, Corée, UK

Les flux sortant deviennent ensuite toujours supérieurs au flux entrant en France. Il en est de même au Royaume-Uni et en Allemagne avec deux exceptions : les flux entrants en Allemagne sont plus élevés que le flux sortant de 2000 à 2004 et au Royaume-Uni de 2005 à 2007. Le stock sortant net (= stock sortant moins stock entrant) s’accroît régulièrement pour les 3 pays européens, mais plus rapidement pour l’Allemagne, au point qu’en 2008, son stock net d’IDE à l’étranger est égal à près du double de celui de la France, le Royaume-Uni se situant dans une position intermédiaire.

Les stocks d’IDE sont négatifs dans les trois pays européens sur pratiquement toute la période étudiée, plus encore depuis le milieu des années 1990 pour l’Allemagne et le Royaume-Uni, et depuis 2000 pour la France. En revanche le stock d’IDE de la Corée est positif et augmente depuis 2000, ce qui a fait de ce pays une terre d’accueil des investissements étrangers. Il est notable que ces dernières années les IDE en provenance de la Corée aient tendance à augmenter, ce qui traduit le niveau de développement industriel auquel ce pays est parvenu, qui amène ses entreprises à investir à l’extérieur.

On peut faire l’hypothèse qu’un accroissement des investissements nets à l’étranger d’un pays a un impact favorable sur la balance commerciale de biens et de services de ce pays : les filiales étrangères importerait plus de biens et services depuis le pays d’origine de l’investissement. Le tableau ci-après, établi à partir des données statistiques de l’OCDE, montre l’évolution de la balance commerciale des biens et des services (cumulés) des 3 pays européens qui nous intéressent [3].

JPG - 29.5 ko
Tab 8. Balance commerciale biens & services 3 pays

La corrélation apparaît nettement pour l’Allemagne : les stocks d’IDE nets à l’étranger s’accroissent à la fin des années 1990, et à partir de 2001, les exportations progressent à un rythme très rapide, conduisant à une balance des biens et services très excédentaire.

En revanche, la corrélation recherchée sur l’hypothèse émise plus haut n’est pas trouvée pour la France et le Royaume-Uni. Pour celui-ci le stock net d’IDE sortant n’explique pas une balance qui reste déficitaire sur toute la période, avec une tendance à l’accroissement du déficit. Quand à la France, l’évolution est à l’inverse de celle de l’Allemagne : l’accroissement rapide des IDE sortant après 2000 n’explique pas la détérioration de la balance commerciale après 2002, la stabilité de la balance des services depuis 15 ans ne parvenant pas à compenser la détérioration du solde du commerce de biens.

On peut aussi faire l’hypothèse qu’une dominante d’IDE sortant d’un pays conduirait à une croissance moindre du PIB de ce pays (mais on ne tient pas compte ici de l’investissement interne).

Si on représente sur un graphique les écarts de croissance cumulée [4] des trois pays européens que nous examinons, on obtient le graphique suivant [5] :

JPG - 31.4 ko
Tab 9. Ecarts de croissance cumulée 3 pays

L’Allemagne, qui est le pays qui a le plus investi à l’extérieur de ses frontières voit son PIB augmenter moins que la moyenne. En revanche, la France qui relativement a moins investi à l’extérieur que les deux autres pays a un écart de croissance toujours positif par rapport aux deux autres pays. C’est donc que d’autres phénomènes interviennent – notamment les redistributions intérieures de revenu et l’appel au déficit budgétaire pour maintenir le pouvoir d’achat, qui font que la corrélation entre l’évolution du PNB et l’évolution du stock d’IDE n’est pas pertinente.

Notes

[1] http://stats.unctad.org/FDI/ReportFolders/reportFolders.aspx

[2] Voir UNCTAD, WID Country Profile : France, 19-9-2005, p. 7

[3] Source OCDE : http://stats.oecd.org/index.aspx

[4] Pour une année donnée, cet écart est égal à la différence entre la croissance cumulée du PIB depuis 1970 duquel on soustrait la croissance moyenne cumulée des 3 pays depuis 1970.

[5] Source OCDE : http://stats.oecd.org/index.aspx